
LECTURE DU LIVRE DES ACTES DES APOTRES
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Pouvez vous nous préciser le sens du mot frère – chap 1 verset 14. ?
Si vous avez une Bible avec des notes de bas de page, vous pourrez y trouver l’explication habituelle. La note de la Bible de Jérusalem dit par exemple qu’il s’agit des cousins de Jésus. Une autre note concernant l’évangile selon saint Matthieu 12, 46 nous dit « Non des fils de Marie, mais des proches parents comme par exemple des cousins que l’hébreu et l’araméen appelaient aussi "frères" (comme en Genèse 13, 8 - Lévitique 10, 4 etc.).
Pouvez vous nous expliquer le don des langues "la glossolalie" ?
L’activité de parole produite par l’Esprit n’est pas décrite au verset 4 du chapitre 2 au moyen de l’expression qui définit généralement la glossolalie (parler en langues des groupes de prière charismatiques). L’expression grecque définissant la glossolalie est en effet « parler en langue » et elle apparaît en Actes 10, 46 ; Ac 19, 6 ou 1 Cor 12, 30 ; 13, 1 ; 14, 2-39. En 1 Corinthiens 14 Paul en énumère les signes distinctifs : le « parler en langues » est mû par l’Esprit – il est une louange adressée à Dieu plutôt qu’aux hommes – il a besoin d’une interprétation – il donne une impression de folie à des spectateurs extérieurs.
A la Pentecôte l’expression est « parler d’autres langues » et non « parler en langues ». De plus, les signes distinctifs 2 et 3 du « parler en langues » ne sont pas parfaitement vérifiés ce jour là.
Pourtant, il ne faut pas majorer la différence entre les deux expressions. En effet les auditeurs entendent bel et bien proclamer les « merveilles de Dieu », ce qui nous met dans un climat de louange et l’événement est suivi de discours dont on peut considérer qu’ils interprètent l’événement. Il y a finalement peu de raisons de douter qu’un phénomène extatique (glossolalique ou xénoglossique ou les deux) ait eu lieu peu après la Pâque dans ce cercle des disciples de Jésus. Si Luc éprouve le besoin d’employer une expression un peu différente, il a probablement des raisons.
A la fois, il nous fait penser à ce phénomène du « parler en langues » et en même temps il semble vouloir injecter dans l’événement de Pentecôte un petit « plus ».
Au niveau de la similitude, Luc nous conduit à voir que ce langage étrange des apôtres, quel qu’il soit, n’est pas le leur. Car en effet, le discours inspiré par l’Esprit ouvre les disciples à un univers différent, à une langue qui leur était jusqu’alors inconnue, source de communications nouvelles. Cela rejoint l’expérience de la glossolalie dont on nous dit qu’il s’agit d’une expression de la louange à Dieu en des cris ineffables ; ce que l’on comprend souvent en milieu charismatique comme le balbutiement des petits enfants qui babillent. Il s’agit donc d’une expérience de dépouillement, d’un abandon à l’élan de l’Esprit qui ne s’en tient pas forcément à nos structures rationnelles, tant il est vrai que notre émotion, notre sensibilité et notre sens spirituel sont conduits eux aussi à « monter vers Dieu ». Reportez vous également à une réponse donnée sur le blog il y a quelques semaines déjà.
En ce qui concerne le « plus » ajouté par l’auteur dans le récit de la Pentecôte et qui nous laisse penser qu’il y a une légère différence entre le sens de cet événement et le simple « parler en langues » d’assemblées de prière, c’est autour de l’idée de communication qu’il faut le chercher sans doute. En effet et avant tout, le don de « langues autres » dote ici le groupe rassemblé avec les apôtres d’une force créatrice de communication. En d’autres termes, l’ambiance est principalement celle de la mission. Il s’agit ici de mettre l’accent sur le fait que quelque chose se communique d’une manière irrépressible pour atteindre chaque auditeur dans ce qu’il est personnellement, mais sans le dissocier des autres : et comme la séparation des langues de feu confèrait une identité particulière à chaque disciple, sans le dissocier des autres, de même ici « chacun individuellement les entendait parler son propre langage » (v. 6). A l’individuation du discours inspiré (dont nous comprenons qu’il est unique) répond l’individuation de sa réception, dans les personnes comme dans les différentes « cultures » présentes. Au miracle de parole correspond celui de l’écoute. Le texte nous fait voir que pour tout homme, désormais, peut devenir vrai ce verset d’Isaïe (55, 11) où Dieu dit « ma parole, qui sort de ma bouche, ne me reviendra pas sans résultat, sans avoir fait ce que je veux, sans avoir accompli sa mission ». La Pentecôte est merveilleuse car elle nous nous dit que l’homme peut retrouver, dans l’Esprit, la capacité d’entendre vraiment ce que Dieu dit.
La crainte de Dieu" ; que signifie ici le mot crainte ?
Reportez vous à une réponse donnée précédemment, merci !
fr. Jean-François Bour• Actes 9,15 :
Il y a probablement là une forme un peu rhétorique qui permet de déployer l’universalité du champs de la mission. Mais il y a peut-être dans la mention “fils d’Israël” le rappel que Paul, apôtre des païens, n’est pas cantonné à ce rôle. Il est juif, fils et petit fils de Pharisien. Il était de l’école de Gamaliel, il connaît le judaïsme par coeur. Et dans l’épître aux Romains il avertit vigoureusement la jeune Eglise pagano-chrétienne qu’elle ne doit pas s’enorgueillir car elle a été greffée sur l’olivier franc (qui est Israël) et que si l’olivier franc a été émondé pour n’avoir pas accueilli le Messie, Dieu peut s’ils ouvrent leur coeur, greffer à nouveau l’olivier franc sur sa propre souche. Israël n’est pas rejeté.
• Actes 9,20 :
Votre question devrait vous conduire à lire une bonne introduction à la pensée de Saint Paul.
Il est difficile de donner synthétiquement ici les éléments de réponses, qui sont pour certains encore en discussion parmi les spécialistes (“L’exégèse de Paul ressemble aujourd’hui à une ville qu’un tremblement de terre a dévastée […]. L’exégèse paulinienne est un chantier…” – voir le livre Paul, une théologie en construction, sous la direction de Andreas Dettwiler, Jean-Daniel Kaestli et Daniel Marguerat, ouvrage collectif, Ed. Labor et Fides, Genève 2004, 493 p.)
mais voici au moins quelques remarques pour baliser votre réflexion.
Paul est juif, un juif né à Tarse (Asie Mineure, Turquie actuelle). Il est citoyen romain, sans doute parce que son père ou grand père a été distingué pour bons et loyaux services par l’administration impériale de Rome. C’est un homme qui connaît la culture grecque et probablement une part de la littérature profane dans cette langue.
Paul est un pharisien, il profite donc déjà des fruits de ce mouvement qui met l’accent sur la pratique la Torah au quotidien et dans le concret de la vie. Le mouvement pharisien a pris pied dans cette structure particulière du judaïsme “délocalisé” qu’est la synagogue, l’assemblée des croyants qui viennent écouter la lecture et l’interprétation des textes saints. Le mouvement pharisien est centré sur l’écoute et l’assimilation par le croyant des textes saints.
Paul reçoit aussi une formation à Jérusalem et se rend auprès des maîtres juifs exerçant au Temple leur fonction de Sages. La littérature religieuse juive de l’époque est d’une incroyable richesse. On compte un nombre bien plus important de livres sacrés que notre bible n’en contient et des commentaires innombrables de tous les livres. De plus, des livres de sagesse écrits en hébreux, en araméen et en grec établissent un pont entre culture sémitique et culture grecque antique ou hellénistique.
Paul rencontre le ressuscité qui vient à lui. Mystère de sa conversion. Si, justement, les spécialistes convergent de plus en plus pour dire que les récits d’apparitions du ressuscité sont peut-être parmi les récits d’événements les plus authentiques et les plus anciens (Deneken) du Nouveau Testament, que conclure des effets d’un tel événement sur la personne du témoin? Il y a sans doute là de “l’authentique” et Paul a du vivre quelque chose de très marquant.
Doctrine/ expérience? De quoi est faite la “doctrine chrétienne” dans ces années qui suivent la résurrection? N’oublions pas que les premiers écrits du Nouveau Testament n’apparaissent mis en forme que 20 ans, au plus tôt, après la “disparition” de Jésus et ils ne se répandent pas rapidement parmi les communautés chrétiennes. Le premier évangile (Marc) mis en forme nous vient des années 70 après Jésus Christ, 40 après la résurrection. Quand les apôtres prêchent à la Pentecôte, ils n’ont rien d’autre que leur expérience, leur connaissance (lacunaire) des Ecritures saintes, leur pratique du judaïsme et la force de l’Esprit qui les inonde. La “doctrine” à transmettre à Paul était donc au fond bien “maigre” au regard de la littérature doctrinale chrétienne d’aujourd’hui.
Ce qui était acquis pour les apôtres, c’est que Celui qui a été crucifié et mis à mort, Dieu l’a ressuscité. Et Celui que Dieu a ressuscité, qu’ils ont vu et touché, Celui là est bien celui qui a vécu parmi eux, qui pleurait, riait, mangeait avec eux, qui pardonnait, enseignait, guérissait et affirmait que les temps sont venus de vivre une vie nouvelle. On peut dire que pour Paul, le message a du être assez clair finalement. Pourquoi? Parce qu’il connaissait par coeur tout l’attente d’Israël, cette attente que les textes saints et leurs commentaires développaient à longueur de rouleaux. L’Ecriture sainte était grosse d’une immense attente, ce que Paul, mieux que quiconque savait, car il était savant. Il le savait mieux que Pierre qui ne savait probablement même pas lire. Et pour Paul l’illumination fut sans doute “presque” immédiate: soudain le ressuscité, la Résurrection, éclairait de toute son éclat ce dont les Ecritures manifestaient l’attente. Oui, désormais l’attente des Pères était comblée. L’attente des prophètes trouvait sa réponse. Tout ce que Paul avait à dire et à prêcher était là. Jésus de N. était la réponse de Dieu à tout ce que l’Ecriture attendait, cherchait comme à tâtons. Il se peut que la lumière se soit faite rapidement dans l’esprit de Paul qui était le seul à pouvoir voir immédiatement, car très formé, l’articulation profonde entre l’événement de la résurrection et les Ecritures. En fait Paul pouvait faire ce que Jésus fait lui-même sur la route d’Emmaüs: “il leur interprêta dans toutes les Ecritures ce qui le concernait” (Luc 24, 27). Paul aussi pouvait mener une telle explication. Car il connaissait parfaitement les Ecritures et il avait vu le ressuscité; d’un côté les questions et de l’autre la Réponse.
• Pierre et Corneille :
La manière dont les premiers “chrétiens”, massivement issus du judaïsme ont pris conscience de l’universalité du message de Jésus nous échappe en grande partie. Ces textes dont vous parlez sont là pour nous montrer que l’idée de cette universalité n’a pas été facile à intégrer pour tous. Peut-être ces juifs issus du monde hellénisé, comme Philippe ont-ils été plus rapidement conscient que le ressuscité voulait faire descendre sur les païens également son Esprit Saint. Donc, l’épisode de Pierre et de ses visions vient nous rappeler que ce fut un cheminement pour une partie de la communauté. Et deuxièmement, il nous est dit à travers ces visions que Dieu a agit pour faire comprendre aux apôtres quel nouveauté était contenue dans l’Alliance scellée par le Sang du Christ. C’est une volonté de Dieu, pas un caprice de quelques excités qui auraient décidé de leur propre chef que les païens seraient intégrés dans l’Alliance. Par ces textes, l’Eglise parle à l’Eglise et lui rappelle quelques fondamentaux de ses origines.
fr. Jean-François BourDeuxièmement, il y a la réponse de l'homme et l'Ecriture sainte nous montre des individus nombreux qui répondent à cet appel. Certes, nous nous demandons parfois, à la vue de l'initiative divine si tel ou tel individu, et même si le peuple hébreux avait vraiment le choix.
Mais pour l'Eglise, c'est quasiment un dogme que d'affirmer la liberté pleine et entière de répondre oui ou non à l'appel de Dieu. Elle estime que c'est l'enseignement des Ecritures. Alors d'où vient que nous puissions parfois en douter à la lecture de certains textes, comme celui de la conversion de Saint Paul par exemple?
Je crois que cela vient de la profondeur et de la force de l'initiative de Dieu. En aucun cas, il ne peut s'agir d'une pression ou d'une contrainte qu'exercerait Dieu. Ce serait inadmissible, et ce n'est pas chrétien. Mais il demeure que lorsque Dieu appelle, il n'appelle pas "à moitié", comme du bout des doigts, de très loin, sans trop y croire. La force de son appel, tel qu'il se déroule pour Saint Paul, nous enseigne que quand Dieu appelle, il s'y met tout entier, d'où la manifestation éclatante qui peut survenir. Cette dernière n'accompagne pas forcément l'appel divin, mais cela ne veut pas dire que Dieu resterait en retrait pour autant. Non! Quand il vient à l'homme, il donne tout ce qu'il est, il appelle avec foi, l'homme à qui il s'adresse. Il demande vraiment quelque chose, il demande à l'homme de se donner.
A Paul, Jésus vient dans la puissance de la résurrection et je pense qu'il donne à Paul une vraie et vive lumière, une vraie et profonde évidence de sa vie de Ressuscité, si bien que Paul peut en CONNAISSANCE DE CAUSE dire vraiment oui, ou vraiment non.
Ainsi donc, la manifestation à Paul de l'appel du Christ est forte, mais il vaudrait mieux dire : "elle est claire". C'est de cette clarté que vient notre idée que peut-être Paul ne pouvait faire autrement. Disons que la Vérité qui s'énonce clairement entraîne l'adhésion plus facilement. C'est en ce sens que l'on pourrait envisager que Paul était comme "devant l'évidence". Mais même dans ce cas, aucun homme n'est contraint, c'est à dire manipulé par Dieu. Encore une fois, il ne serait pas chrétien d'envisager une telle chose.
2.En Israël, actuellement,y a-t-il des chrétiens
observant les rites de la loi juive? Merci de nous renseigner. Thérèse
Les Samaritains sont-ils des juifs? des païens ? (au temps de Jésus)
Les samaritains sont un groupe religieux toujours existant qui ne se considère pas comme juif, mais que l’Etat d’Israël considère aujourd’hui comme une population juive.
La religion que pratiquent les Samaritains se veut strictement rattachée à Moïse et peut se résumer en cinq principes de foi : 1) Croyance en l’unicité de Dieu, le Dieu d’Israël. 2) Moïse, fils d’Amram, est leur seul prophète. 3) Ils attendent l’avènement du Taheb, fils de Joseph, le messie semblable à Moïse (Dt. 18. 15) : « La femme lui dit : Je sais que le Messie doit venir (celui qu’on appelle Christ) ; quand il sera venu, il nous annoncera toutes choses. » (Jn. 4. 25). Il apparaîtra au « Jour de vengeance et de rétribution » à la fin des temps, et le royaume qu’il établira durera des siècles, ce sera le retour de la faveur divine - la Rahouta. 4) Ils ne possèdent qu’un lieu saint, le mont Garizim, choisi par Dieu. 5) Un seul livre saint, le Pentateuque (Tora) reçu de Moïse. La résurrection des morts fait également partie de leurs croyances.
Histoire : elle est difficile à établir. Il est probable que le royaume de Samarie(aujourd’hui situé entre Jérusalem et la Galilée), issu de la déchirure entre les 10 tribus israélites du nord d’avec les deux du sud (royaume de Juda), juste après le règne de Salomon, soit à l’origine de ce groupe monothéiste qui ne reconnaît que le Pentateuque et possède encore aujourd’hui une écriture de l’hébreu inspirée du phénicien (écriture de l’hébreu qui n’est plus utilisée par le judaïsme « officiel » depuis le 6ème s. avant J.C.).
Ce royaume de Samarie disparaît en 721 avant JC et l’élite du peuple fut déporté par les Assyriens qui les remplacèrent par des colons. On ne sait pas bien comment cette population évolua religieusement et si elle se mélangea beaucoup à d’autres peuples. Mais un groupe religieux subsista qui maintenait les observances strictes de la Torah et fut rejeté résolument par le royaume de Juda d’abord (931 – 586) puis par les populations juives revenues de l’exil Babylonien et établies à Jérusalem (fin 6ème s. av. JC) ; ce rejet de la part du judaïsme « orthodoxe » aurait toujours existé, à l’époque de Jésus et au-delà.
En Israël, actuellement,y a-t-il des chrétiens observant les rites de la loi juive?
Au préalable je vous suggère de lire ce que des juifs eux-mêmes disent des 613 commandements de la Torah à cette adresse : http://www.massorti.com/Les-Mitsvot-les-commandements-dans.html
Pour ce qui est de votre question, je ne vois pas bien ce que vous désirez savoir, car les chrétiens ont depuis les origines, observé des rites issus du judaïsme (repas cultuel, fêtes religieuses, mémoire de l’action salvatrice de Dieu, jour de repos hebdomadaire consacré à Dieu…). Il y a des communautés chrétiennes très anciennes chez qui on décèle une empreinte juive très importante, du fait qu’elles sont probablement nées au sein de communautés juives puissantes et très structurées de l’antiquité. Cela semble être le cas des chrétiens éthiopiens, des chrétiens coptes en Egypte. Certaines communautés chrétiennes, en particulier aux Etats-Unis, ont semble-t-il beaucoup puisé dans l’Ancien Testament pour se donner des coutumes, des rites, des observances mais je connais mal ce sujet et cela varie beaucoup d’une Eglise à l’autre. Vous avez encore le mouvement des juifs messianiques, juifs reconnaissant en Jésus le messie attendu ; leur mouvement est accusé parfois par le judaïsme orthodoxe d’être un groupe de juifs en mal de spiritualité et qui se laissent conquérir par les doctrines de chrétiens évangéliques qui eux-mêmes magnifient le judaïsme. Peut-être savez-vous que la communauté des Béatitudes (autrefois Lion de Juda…) avait eu pour ambition de « réconcilier » culture chrétienne et culture juive en introduisant une certaine « symbolique » juive (chandelier à sept branches par exemple) et quelques coutumes juives de façon à célébrer une certaine continuité. Mais je ne sais pas si cela continue aujourd’hui.
fr. Jean-François Bour
Je commencerai par la fin de votre question : l’expression « interdit ou impur » correspond dans le texte grec à « profane c’est-à-dire impur » (selon le bibliste D. Marguerat). Il y a donc une seule qualification qui désigne ce qui n’est pas proprement « réservé à Dieu ». C’est profane, commun et non pas propre à Dieu. Ce qui est réservé à Dieu, c’est d’abord son peuple, le peuple choisi. C’est un état qui lui vient de l’alliance et que maintient l’observation de règles, de lois, de commandements moraux, alimentaires (certains animaux seulement sont consommables) et rituels donnés par Dieu. Etre le peuple choisi, c’est donc un don de Dieu, et le fruit d’une application de chacun pour observer les lois divines (afin de rester pur, consacré à Dieu). Fréquenter les païens faisait perdre cette consécration.
L’extase de Pierre ici nous assure que l’universalisation du Salut, le fait que tout homme est choisi par Dieu ou consacré à Dieu, donc promis au salut, est effectivement inscrit dans le plan divin. L’ouverture de la jeune communauté chrétienne aux païens semble se faire en plusieurs étapes, comme si les apôtres ne comprenaient que progressivement le dessein de Dieu, la volonté du Christ. Mais ce n’est pas Pierre, ou Paul, ou Etienne qui décrètent cette universalisation. Dieu lui-même décrète que tout homme peut être agréé par lui. La vision accompagnée de paroles célestes enseigne Pierre à ce sujet, par une analogie qu’il comprendra dans la suite : Ne déclare aucun homme « profane » (pas même le païen Corneille) puisque Dieu déclare tout homme comme pouvant être agréé auprès de Lui.
fr. Jean-François
Nous n’avons pas de récit clair quant au baptême d’eau reçu par les apôtres. Mais comme on nous dit qu’ils baptisaient à l’époque où ils étaient avec Jésus, on peut supposer qu’ils s’étaient soumis eux-mêmes à ce rite comme leur maître, afin de manifester leur désir d’être pardonnés et de se convertir profondément, comme Jean Baptiste le recommandait.
Pour distinguer, sans opposer, on peut dire que le baptême d’eau correspondait d’abord à une démarche intime et personnelle, selon l’appel même de Saint Jean qui luttait contre l’idée d’une pureté extérieure apportée par les rites et les sacrifices d’animaux. Jean milite pour une offrande de soi à Dieu et pour que chacun vienne dans la vérité d’une démarche qui l’implique tout entier. Le baptême d’eau symbolise cela.
La venue de l’Esprit Saint sur les apôtres et les disciples est une réponse de Dieu à leur foi (même tremblante) en Jésus crucifié et ressuscité. L’Esprit les saisit à la racine de leur être, là même où leur foi a commencé à balbutier, là même où leur désir intime de servir Dieu et de se convertir avait commencé à se dévoiler, peut-être déjà par un baptême d’eau quelques années auparavant. A partir de cette connivence entre le sens du baptême d’eau par le baptiste et le sens de Pentecôte, nous comprenons donc mieux la structure du sacrement du baptême.
Corneille de quelle confession religieuse est-il ? sachant qu'au chapitre 10, verset22: il est dit "le centurion Corneille, un homme juste, qui adore le vrai Dieu, estimé de toute la population juive"
Pourquoi l'utilisation du terme Chrétiens la première fois à Antioche ?
La sanction expéditive du Seigneur pour Hérode : "L'ange du Seigneur le frappa"...surprenant ce n'est pas l'image que nous avions des anges.
Merci pour votre réponse
Christine
Corneille: On dit de lui qu'il est "craignant Dieu"; c'est une expression que certaines bibles rendent par "un homme juste qui craint Dieu" ou "qui adore Dieu". Mais c'est en réalité une expression précise qui désigne le païen reconnaissant d'une manière ou d'une autre le Dieu unique qui s'est révélé à Israël. Il demeure païen aux yeux des Juifs tant qu'il n'a pas accepté la circoncision par laquelle il devient alors un "prosélyte". Les craignant Dieu assistaient parfois nombreux aux offices dans les synagogues de la diaspora juive. Les juifs leur conseillaient de suivre les commandements noachiques que Dieu a donné à tous les hommes aux temps de Noé (7 commandements dont les principaux nous sont donnés par la fameuse assemblée de Jérusalem en Actes 15, 13-21).
L'utilisation du terme chrétien: vous posez là une question à laquelle il est impossible de répondre! Pourquoi à Antioche? Il n'y a que des hypothèses possible: les disciples du Christ avaient atteint un nombre important, ils avaient des maîtres à penser, ils étaient structurés et avaient une identité forte etc. Tout ceci peut expliquer qu'on ait commencé à les nommer d'un nom précis lié à leur confession de foi.
L'ange du Seigneur: Il est difficile de reconnaître ce qui se cache sous l'expression typiquement biblique et qui sert autant à désigner Dieu lui-même qu'une opération divine ou encore l'action de ses messagers. Ici l'important est de comprendre que les Actes considèrent Hérode comme mystérieusement stoppé par Dieu dans ses méfaits.
fr. Jean-François
comment cela peut-il se faire ? Est-ce une disposition du coeur ? une action non faite ? est-ce le péché par omission ?
nous avons conclu en pensant qu'il était plus facile de "favoriser l'action de Dieu"
sommes -nous dans la vérité ?
merci
Vous parlez d’Actes 11, 17 je présume ?
J’imagine que vous avez bien travaillé le sens du texte lui-même : dans un premier temps vous avez remarqué que Pierre constate que l’initiative de Dieu l’a dépassé. Devant l’initiative divine de remplir Corneille et les siens d’Esprit Saint, Pierre se reconnaît comme étant simple serviteur de l’œuvre de Dieu pourtant surprenante dans cet événement.
Pour aller plus loin, nous pouvons comparer cette attitude avec celle de Paul avant sa conversion. Ce dernier, tout comme les chefs des prêtres au moment du procès de Jésus est rempli d’une pré-compréhension de ce qu’est l’action de Dieu. Dieu procède comme ceci et non pas comme cela. Il enverra un messie comme ceci et non pas comme cela. Mais Dieu surprend. Dieu ne suit pas nos logiques même religieuses…
Vous posez ensuite une question sur notre attitude aujourd’hui. Eh bien, nous portons peut-être nous aussi des verres fumés qui nous font voir l’action de Dieu selon nos désirs, selon nos grilles de compréhension, et non pas selon Sa liberté et Son amour. Ce qui n’entre pas dans nos catégories, nous le rejetons parfois. Nous cherchons « ce qui nous parle » comme dit l’expression courante. « Ce texte ne me parle pas », « ce chant ne me parle pas », « cette homélie ne me parle pas »… Evidemment, on n’est pas obligé d’être à l’aise avec tout, mais soyons attentifs, car « ce qui ne me parle pas » immédiatement est peut-être justement ce qui me dérange, ce qui m’interroge, ce qui m’invite à aller plus loin au lieu de me conforter dans ce que je pense déjà, comprend déjà… etc.
Ah !!! Qu’est-ce que la vérité ? disait l’autre…
Un certain chemin, peut-être, avec la patience de chercher toujours, pour se rendre disponible à ce qui arrive.
Fr. Jean-François