
LECTURE DU LIVRE DES ACTES DES APOTRES
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Clément, le 18.11 vous posiez les questions suivantes :
1. Les apôtres avaient-ils été baptisés dans l'eau par Jean?
2. Dieu avait-il prévu le choix du douzième Apôtre?
3. Quelle était la grandeur de Jérusalem à cette époque ( nombre habitants)?
4. Les gens qui séjournaient à Jérusalem ( originaires de nombreuses nations) entendaient-ils les Apôtres leur parler dans leur langue propre ou bien les Apôtres parlaient-ils la langue de chacun issu de toutes les nations?
essai de réponse
1. Les apôtres avaient-ils été baptisés dans l'eau par Jean?
Jésus lui-même a reçu, d’après les évangiles, le baptême d’eau des mains du Baptiste. Il a donc manifesté son adhésion à l’esprit de ce baptême d’eau tel que Jean Baptiste le proposait : une conversion du cœur, un changement d’attitude et de vie, une démarche d’humilité devant Dieu. En rassemblant des disciples et des apôtres autour de lui, Jésus n’a jamais démenti son soutien à Jean Baptiste, mais rien ne nous dit dans les textes qu’il a poussé ou obligé ceux qui le suivaient à recevoir ce baptême. Rien ne nous dit non plus que ses disciples et apôtres ont reçu ce baptême. Pourtant certains d’entre eux ont probablement été des disciples de Jean Baptiste comme Jacques et Jean fils de Zébédée, et pour eux au moins, on peut supposer qu’ils furent baptisés par Jean dans le Jourdain.
De plus et compte-tenu de l’adhésion des disciples au message de Jésus (priorité de la conversion du cœur, reconnaissance du don de Dieu en son Fils bien-aimé venu homme parmi les hommes), on peut faire l’hypothèse raisonnable que le groupe suivant Jésus a lui-même mis en pratique assez tôt le baptême d’eau comme symbolisant une démarche de conversion semblable à celle des disciples de Jean Baptiste (d’ailleurs, dit l’évangile selon Saint Jean, peu avant la rencontre avec la samaritaine : Jn 4,1 Quand Jésus apprit que les Pharisiens avaient entendu dire qu'il faisait plus de disciples et en baptisait plus que Jean, 2 - à vrai dire, Jésus lui-même ne baptisait pas, mais ses disciples 3 - il quitta la Judée et regagna la Galilée.) – Jésus est proche de ce mouvement « baptiste » qui émerge à son époque en réaction contre les abus du culte au Temple de Jérusalem. Il ne serait donc pas étonnant que ce rite ait été pratiqué très tôt dans sa communauté (et peut-être déjà par ses apôtres) et soit rapidement devenu « le » rite par excellence qui donne la « Vie nouvelle en Christ ».
2. Dieu avait-il prévu le choix du douzième Apôtre?
Pourquoi ne l’aurait-il pas fait ? Sa providence est certainement à l’œuvre dans la construction de l’Eglise du Christ. Mais au-delà de l’événement particulier du remplacement de Juda, le traître, le texte des Actes nous indique de manière très profonde que Dieu, par l’Esprit-Saint, a surtout garanti la solidité des fondements de la communauté humaine avec qui il a fait alliance. Ce chiffre 12 symbolise ces fondements du peuple de Dieu, autrefois constitués par 12 tribus dont Dieu fit son peuple, et désormais constitués par le témoignage des 12 ayant traversé l’expérience de la mort et de la résurrection de Jésus. C’est ce que les apôtres et le texte des actes veulent nous dire avant tout : Dieu garanti les fondements de ce peuple et la solidité de ce fondement. C’est cela que symbolise le chiffre 12, comme si 12 colonnes avaient été posées que nul ne peut plus briser, malgré les blessures, les trahisons, les manquements que cette communauté peut vivre pendant son histoire.
3. Quelle était la grandeur de Jérusalem à cette époque ( nombre habitants)?
La population de Jérusalem au Ier siècle est estimée, au maximum, à quatre-vingt mille habitants, c'est-à-dire quarante mille de sexe masculin (voir André Lemaire, Directeur d’études à l'Ecole pratique des hautes études)
4. Les gens qui séjournaient à Jérusalem ( originaires de nombreuses nations) entendaient-ils les Apôtres leur parler dans leur langue propre ou bien les Apôtres parlaient-ils la langue de chacun issu de toutes les nations?
Personne ne saura sans doute jamais expliquer ce qui s’est réellement produit ce jour là. L’expérience de la présence de l’Esprit Saint fait accéder l’homme au lieu profond de son cœur et donc sans doute à « un langage » qui déborde les cadres de notre langage habituel. Chacun de nous sait qu’il y a au moins un « langage du coeur » qui exprime tellement plus que les mots habituels et nous avons peut-être ici, à la Pentecôte, une expérience de même type mais infiniment plus forte.
Il apparaît dans ce texte sur les langues, que l’évangile du Christ dépasse de loin l’expression que nous pouvons en donner, qu’il dépasse les limites d’une langue unique ou d’une culture unique, bref qu’il a la mesure de l’Esprit de Dieu lui-même. Peut-être est-ce pour cela que certains événements se produisent – entre autre les miracles - ou que, là où les démonstrations intellectuelles ne touchent pas, c’est une certaine manière d’être qui communique l’évangile : mystère des langages, mystère de la langue de Dieu lui-même : l’Amour qui dit l’évangile et le libère de toutes limites.
La méditation : un temps de silence ou non ? Notre réponse veut montrer que la méditation ne suit pas forcément une méthode obligée. Ceci étant, il s’agit de mettre en œuvre dans vos équipes une « méditation » qui laisse espérer les fruits attendus de la lecture des Actes des Apôtres.
- Donc, dans ce qui vous est conseillé, remarquez que « Observer » vise à découvrir ce que dit le texte, tout le texte, rien que le texte. Cela signifie que vous commencerez par donner la parole au texte avant d’y adjoindre idées, opinions, extrapolations et liens avec des contextes. C’est un effort de compréhension du texte tel qu’il est.
- Ensuite « Méditer » est le moment que vous consacrerez à laisser le texte et la compréhension collective que vous en avez, traverser vos expériences personnelles et collectives (en quoi ce passage interroge la foi, la vie humaine, la vie de l’Église ?). Car le texte nous touche selon ce que nous vivons. C’est donc le moment 1) d’en prendre conscience, 2) si je m’y sens prêt, de partager oralement aux autres cette prise de conscience et 3) d’écouter avec respect et ouverture, la parole d’une autre personne rejointe, touchée ou perturbée par le texte. Si un dialogue est possible, il peut aider cette méditation collective, en respectant le droit de chacun à être « là où il en est ».
POUR ALLER PLUS LOIN CONCERNANT LA NATURE DE LA Méditation :
La méditation peut être autant orale, écrite que silencieuse dans la tradition chrétienne. Elle est avant tout un « se laisser traverser » pour « recueillir » à terme, une articulation, une pacification, une mise en place de divers éléments qui, en nous et dans nos vies, peinent à trouver leur unité et leur sens. Les chrétiens rejoignent ici une expérience universelle de la méditation. La différence est le fruit principal attendu qui est, pour un chrétien, le développement, la purification, la sanctification de sa liberté en vue de dire un vrai OUI d’amour à Dieu qui, toujours, vient vers l’homme.
« se laisser traverser », c’est donc s’exposer à un processus que le silence peut aider, mais pas seulement lui. Les postures physiques, la parole, l’adoption d’une certaine méthode, par exemple celle des moines ou des disciples de Saint Ignace de Loyola, peut aussi aider ce processus (on peut ajouter d’autres méthodes connues : la récitation méditée du rosaire, la prière du cœur accompagnant la respiration…etc). Dans ce processus, on peut se laisser traverser par bien des choses, séparément ou simultanément : des pensées, des souvenirs, des images, des textes, des questions, l’Esprit de Dieu...etc. Pour aboutir, la « traversée » ou le « processus » s’effectuera en plusieurs fois, en plusieurs jours ou mois, au fil des temps de méditation.
« Recueillir », c’est laisser mûrir le fruit de ce processus pendant lequel je laisse décanter et s’articuler en moi tant d’éléments qui cherchent leur place dans ma vie. De plus, je laisse ainsi émerger paisiblement la singularité de ma vie, dans le monde et devant Dieu. Il est possible de reccueillir cette unification progressive, que l’on ne peut jamais provoquer de force, avec l’aide d’une autre personne ou d’un groupe, soit par un silence tenu ensemble soit par un échange dans le respect des étapes de chacun.
Oui, c’est une formule en effet un peu troublante ! N’oublions pas qu’à l’époque où les actes sont écrits (autour de 85 après Jésus-Christ), l’expression de la foi en Dieu Père Fils et Saint-Esprit est loin d’être mûre. Elle n’est pas encore très opérationnelle pour exposer la foi chrétienne. Sans doute était-il déjà clair qu’en Jésus demeure l’Esprit divin, qu’Il est puissance de Dieu pour les hommes, qu’il vit de la vie même de Dieu mais on ne savait pas encore jusqu’où l’on pouvait aller.
Au-delà de ce problème il y a ici une vraie clef de lecture à trouver car, en effet, Jésus ne pouvait pas se ressusciter lui-même. Pourquoi ? Parce qu’autre est celui qui fait l’offrande, et autre celui qui la reçoit. Autre celui qui donne, autre celui qui bénéficie du don.
Certes, la puissance de la résurrection est déjà présente en Jésus qui meurt sur la croix. Elle est là, comme en germe. Pourquoi ? Parce que son offrande est offrande d’Amour parfaitement libre. Et dans cette mort tragique se manifeste son oblation, c’est à dire une offrande d’amour inégalable, aux dimensions divines s’épanouissant dans la plénitude d’une vie d’homme. Toutefois, il n’y a ici pour ainsi dire, que la moitié du chemin qui soit parcouru. Car le don peut être offert et personne pour le recevoir. L’amour s’exprimerait donc bien dans ce cas, mais il n’arriverait pas à sa pleine maturité qui est de célébrer la communion, l’union entre deux êtres. La maturité de l’amour vient de ce que celui qui donne et celui qui reçoit dans une libre et amoureuse attitude de réception accomplissent chacun leur chemin.
Où est le second partenaire ici ? Il fallait bien le nommer. Les Actes choisissent de le nommer « Dieu ». Pouvaient-ils faire autrement ? Probablement. Père aurait convenu sans doute. Mais, au delà du problème de vocabulaire, il fallait montrer d’abord que ce qui se joue ici est le rétablissement de l’alliance entre le ciel et la terre, entre l’homme et Dieu. Et dans l’offrande du Christ, c’est justement l’offrande de l’humanité qui est portée à sa vraie mesure. Devant cette offrande de l’homme, à nouveau rendue possible comme expression d’un amour libre, la réponse de Dieu est attendue, réponse d’un partenaire qui aspire depuis le commencement à recevoir de l’homme libre un tel « oui ». Et c’est dans l’homme-Jésus que l’offrande est enfin et pleinement « oui » de l’homme libre.
Quand donc intervient la résurrection dans tout cela ? C’est justement au moment où le second partenaire prend acte de l’offrande et la reçoit. Il se produit alors le plus grand miracle de l’histoire ; une sorte d’explosion humano-divine de l’Amour qui est la vraie puissance de la résurrection ; il s’agit de l’amour entre l’homme et Dieu parvenu à la pleine maturité de l’alliance grâce à l’offrande de Jésus d’une part, et à l’accueil que Dieu en fait librement d’autre part.
« Dieu l’a ressuscité » peut donc se traduire par « Dieu a reçu son offrande d’amour, l’a vraiment acceptée comme telle, un amour d’homme libre au nom de tous les hommes » : l’acte même de ressusciter est là – L’Ecriture nous dit que cela prit trois jours – Etrange… comme si un grand silence s’était fait soudain, un silence lourd d’émotion, un silence pendant lequel le Ciel et la Terre, Dieu et ses anges « n’en croient pas leurs yeux », trois jours pour prendre la mesure du chemin qu’il avait fallu parcourir de l’homme à Dieu, de Dieu à l’homme, afin de restaurer une amitié si abîmée – Et soudain, c’est le matin de Pâques, matin de création plus grand que la création de l’univers, disent les Pères de l’Eglise. Le Père reçoit l’offrande : on peut dire que ce mouvement même transfigure et ressuscite Jésus et l’établit, en son humanité, dans la pleine dimension manifestée déjà par l’oblation sur la Croix : Seigneur vivant d’une VIE si pleine, si divine, qu’elle ne peut plus être que débordante et offerte à tous, et que nous comprenons comme étant la Grâce qui nous vient par le Christ.
Bonjour, un certain nombre de questions commencent à arriver au sujet de Juda et de son remplacement.
En ce qui concerne votre question et le nombre 12, reportez vous dans un premier temps à la question posée le 18 novembre en -2- . Quant à la question de la liberté de Juda posée ces jours derniers, elle recevra bientôt une autre réponse. Merci.
Voici le complément annoncé (la question était: "Il fallait que l'Ecriture s'accomplisse : par la bouche de David, l'E St avait d'avance parlé de Judas .." Ac 1,16 "Il est écrit au livre des Psaumes ... que sa charge passe à un autre .." Ac 1,20 Les gènes de Judas n'étaient-ils pas "formatés" pour qu'il soit le traitre ? Quelle liberté avait-il de ne pas trahir puisque depuis des siècles, c'est ce qui était attendu de lui ? D'une équipe de la Cathédrale)
Une chose est certaine, le premier groupe des « témoins » de la résurrection et la communauté chrétienne naissante a une conviction : ce qui vient de se dérouler accomplit la promesse faite au peuple juif d’une plénitude du salut : relisez Sophonie 3, 8-20 ou Michée 4, 1-10 ou Daniel 12, 2-3 ou Isaïe 54 et Isaïe 62 et 66, 18-23… etc
Le seul problème est que tout ceci vient de se dérouler de façon tragique et que Jésus le Juste par excellence est passé par la déréliction. Fort heureusement Isaïe parle d’une situation semblable qui serait cause de salut (Isaïe 50, 4-9 et 52, 13 à 53, 12). L’articulation des événements vécus par Jésus avec les oracles des prophètes permet de l’affirmer : le maître de l’histoire n’a pas été piégé. Et d’ailleurs comme on nous le dit à plusieurs reprises : Jésus connaissait ceux qu’il avait choisis (Jean 13, 18). Voilà ce que nous disons assez aisément quand nous voulons affirmer qu’en Jésus, Dieu a poursuivi un dessein, un but très précis : il voulait accomplir les promesses faites à Israël. Il resterait à exposer comment on peut admettre que Jésus ressuscité accomplit effectivement ces promesses. Mais c’est un autre sujet.
Vient maintenant la question de Juda : Remarquons le, les textes de l’Ancien testament insérés dans les Actes pour « décrire » éventuellement Juda pourraient s’appliquer à n’importe qui et à tout traître qui passerait par là à divers moments de l’histoire humaine et biblique. Les fameux textes d’Isaïe sur le serviteur souffrant eux-mêmes ne désignent pas d’abord le Christ mais la FIGURE du Christ, son « DOUBLE » en quelque sorte, car le Serviteur souffrant c’est probablement d’abord le peuple juif exilé à Babylone (Isaïe 41, 8) et à qui l’on a tout pris, mais qui est resté fidèle, purifié par l’épreuve. Dieu lui révèle, par le prophète, que sa souffrance n’est pas vaine, qu’elle est promesse de vie et de salut universel. Or ce petit reste exilé vivait bel et bien un scandale : il ne comprenait pas comment Dieu avait pu l’abandonner et le broyer de la sorte après tout ce qu’Il avait promis. Jésus, le Juste par excellence, se retrouvera dans la même position, et la croix demeure LE scandale aux yeux des hommes raisonnables. Mais en faisant appel à ces figures, le nouveau testament montre que l’action de Dieu est cohérente, qu’elle suit des lignes de perspective précises et que l’Ecriture porte en elle une promesse que Dieu veut accomplir.
Ainsi donc, l’Ecriture ne désigne pas à proprement parler un "Juda programmé" par Dieu. Mais elle mentionne des "figures" pour manifester l’unité de l’action de Dieu.
Que Dieu soit omniscient, qu’il soit maître de l’histoire du salut ne rend pas nécessaire qu’un individu bien précis, Juda l’Iscariote soit « programmé » pour cette trahison : c’est contraire à la conception chrétienne de la liberté. Et nous le savons bien, enseignés en cela par l’Ecriture elle-même, chaque être humain marqué par le péché est un traître en puissance. Cette disposition à trahir, présente en puissance chez l’homme pécheur, est une prédiction de l’Ecriture qui annonce partout la violence, la bassesse, l’horreur dont l'homme est toujours capable. Car l’Ecriture prophétise aussi largement quand elle dévoile la réalité telle qu’elle est pendant que nous nous voilons la face.
Jésus lui-même dévoile la mesquinerie, les calculs, le mensonge, les petits arrangements. Et s’il est une cause de chute pour Juda, c’est d’abord de cette façon là : comme aux autres disciples il a donné à Juda tout ce qu’il est ; il lui a donné part à son sacerdoce. Or le sacerdoce de Jésus s’exerce selon les béatitudes et donc, dévoile ce qui est trop humain chez les disciples : plusieurs d’entre eux ont trébuché devant cette nouveauté, Jacques et Jean, Juda, mais aussi Pierre. Jésus est une cause de chute parce qu’il démasque nos pentes vers le néant, la mort, et nos refus d’un règne divin qui ne viendrait pas selon nos pensées. Il le sait et il le dit.
C’est donc plutôt à la trahison potentielle, annoncée par l’Ecriture, que Jésus s’est exposé, celle d’un Juda ou d’un autre, et même sans cela il s’exposait au refus d’entendre la Parole chez les hommes de son temps, et plus généralement au péché de l’homme, mais certainement pas à ceux qui auraient été désignés, marqués, programmés par Dieu pour cette mission ingrate. Jésus s’expose à la potentialité de violence, de trahison, de refus dont il sait qu’elle sera dévoilée par Lui (donc jugée) et dont il sait aussi qu’elle se manifestera immanquablement en résistance à l’amour divin tel qu’il veut apparaître, même parmi ses plus proches disciples. Or Jésus veut s’exposer à cette possibilité là, car c’est la seule manière d’ouvrir le chemin du salut, et en cela il est le maître de l’histoire car il provoque cette radicale confrontation. Juda verse du côté du refus, lui qui a été parmi les intimes du Christ, parce qu'aucun don de la grâce ne nous dispensera jamais d'acquiescer librement à son oeuvre en nous et de prendre nos responsabilités.
Pour commencer, veuillez nous excuser d’avoir tardé à répondre. C’est en effet une question très difficile à traiter et qui nous mène un peu trop loin des objectifs du blog. Mais tentons d’ouvrir quelques pistes en restant conscient qu’il s’agit là du chantier le plus complexe que la théologie chrétienne doive affronter aujourd’hui, un chantier comparable à celui que connut le judéo-christianisme quand il se mit à assimiler la culture gréco-romaine au cours des premiers siècles de notre ère. On risque donc toujours d’être simpliste en voulant répondre rapidement et synthétiquement à une telle question. Car, à ce jour, il n’y a pas de synthèse, mais seulement des orientations à partir desquelles les responsables des Eglises tentent de fixer un cadre de réflexion et d’analyse sérieux.
Il est impossible de donner ici un aperçu complet des travaux en la matière. Voici pour le moment le point de vue d’un théologien catholique, dominicain, décédé récemment, fr. Christian Duquoc (voir son livre « L’unique Christ », Cerf, Paris 2002).
Pour C. Duquoc (C.D.) le Concile Vatican II présente clairement le Christ comme la fin ultime car « vers lui converge la marche de l’histoire ». Toutefois, remarque C.D., au cours de cette marche, la fragmentation de la réalité subsiste jusqu’à aujourd’hui, avec une réelle autonomie des diverses réalités, ce que le même Concile reconnaît. « Les divisions et les séparations subsistent » dans la vie du monde ; une pluralité, des réalités qui ne se reconnaissent qu’à grand peine, voire pas du tout et jusqu’au conflit violent parfois. Et si l’Eglise ne jouit pas de la centralité de son Seigneur proclamé comme « Alpha et Oméga » par l’Apocalypse, c’est bien parce que le mode de présence du Ressuscité au monde n’est pas évident. Il y a donc comme une « symphonie différée », un temps pendant lequel Christ est maître de l’histoire, mais selon un mode qui nous étonne – étonnement que vous manifestez bien dans votre question.
Dans cette image de la symphonie C.D. présente les différentes religions comme autant de compositions dont l’unification finale nous échappe. Comment s’accorderont ces différents éléments dispersés ? Nous l’ignorons. Nous en devinons la perspective ultime, mais le compositeur semble se tenir en retrait. Ces multiples « créations musicales » dont l’Eglise reconnaît depuis les origines qu’elles puisent dans la vitalité de l’Esprit et contiennent les semences du Verbe de Dieu ont, nous l’acceptons mieux aujourd’hui, chacune leur génie propre. Elles expriment la beauté du monde, sa tragédie, la proximité et l’éloignement de Dieu, le drame du mal et généralement la primauté du bien. Étrangement, le Christ en se retirant et en refusant de manifester avec évidence sa glorification accorde à tous les fragments la possibilité d’exprimer leur originalité et leur richesse et de continuer leur développement. Or les chrétiens qui prétendent connaître le maître de la symphonie doivent-ils dire ou taire leur ambition d’adjoindre à ce maître les autres hommes, et peuvent-ils le faire « ecclésialement » sans risquer d’afficher un désir totalitaire qui ne peut « qu’éliminer » les autres par leur intégration dans l’institution ? Après 2000 ans d’histoire, l’Eglise proclame certes l’unique Seigneur mais a conscience de ses tâtonnements passés ; elle s’interroge désormais pour savoir « comment l’Esprit organise la symphonie finale sans humilier ou briser les fragments » (les autres réalités non chrétiennes).
Force est donc de constater plusieurs choses : le ressuscité glorifié se retire. L’Esprit travaille le monde et vise une totalité dont les contours nous apparaissent encore très flous. La symphonie finale est annoncée par l’Eglise qui doit cependant accepter son ignorance quand au moment et au mode de son unité définitive. Alors que l’unité symphonique apparaît différée, certains théologiens pensent que chaque fragment tend structurellement et secrètement vers l’unité finale de la symphonie. Le risque est que les fragments ne soient ici respectés par le christianisme qu’en fonction de leur lien, encore obscur (mais que les chrétiens prétendent discerner), au Christ.
On peut aussi aller plus loin avec C.D. et envisager que « d’une part, l’Esprit travaille à la maturation de chaque fragment en respectant son identité propre » et que d’autre part « le Ressuscité, par son absence, évite l’intégration prématurée à l’institution qui le confesse ; par son retrait, il laisse faire l’Esprit ». Et c’est peut-être là le signe de sa souveraineté sur l’histoire ! C.D. pense qu’au « temps écoulé (Christ) donnera à l’orchestre capacité multiforme et unité inattendue ». Ce temps, l’Eglise n’a aucun pouvoir de le contracter ni de le prolonger et c’est une bonne chose, car l’ouverture de la symphonie est un privilège divin. S’il en était autrement, le risque serait grand qu’une institution humaine ne prétende à une hégémonie non évangélique. La vraie mesure du Christ doit rester l’Esprit et non l’Eglise.
Tout se passe comme si le Christ avait décidé de prendre le temps de reconnaître la vérité interne et la grâce propre à chaque réalité humaine non christique et s’était retiré pour ne pas « détruire hâtivement les fruits positifs de Babel. (et ainsi) La maîtrise du Christ consisterait non à réduire la distance entre Babel et Pentecôte, mais à la maintenir pour que l’histoire puisse se continuer sans buter sur une fin qu’elle n’aurait pas d’une certaine manière enfantée dans les divisions négatives et positives qui la constituent. Il faut que les compositions multiples et fragmentaires soient construites pour que la symphonie exécute avec équilibre et beauté l’unique partition finale ».
Ainsi C.D. va jusqu’à proposer de voir que la forme suprême de la maîtrise du Christ dans l’histoire consiste à faire « que les divisions demeurent comme lieux paradoxaux d’espérance », en ce sens que les fragments sont néanmoins poussés, y compris par l’esprit missionnaire chrétien à donner forme à leur interdépendance latente, par un débat libre, un respect mutuel, une constatation approfondie de leurs logiques respectives et par une acceptation commune de l’absence actuelle d’un horizon commun conceptuellement ou doctrinalement unifiant.
Si je comprends bien C.D., l’esprit missionnaire de l’Église n’est pas appelé à disparaître mais doit proclamer qu’il y a une manière proprement chrétienne, individuelle et collective d’assumer le quotidien, la souffrance et la mort, et cela à cause de la résurrection du Christ. Or cet esprit doit se purifier de tout rêve « sur les bénéfices que pourraient obtenir les croyants en raison du fait que "Dieu l’a souverainement élevé et lui a conféré le Nom qui est au-dessus de tout nom" ». Car l’esprit missionnaire assume toujours en même temps la manière dont le Seigneur glorifié évite « d’écraser » les convictions religieuses qui ne sont pas nées de lui, afin qu’elles puissent approfondir leur construction et reconnaître leurs expériences mutuelles pour parvenir à la vérité d’un échange. L’esprit missionnaire chrétien proclame qu’en ce domaine l’espérance est toujours possible parce que le Christ a détruit le « mur de la haine » et qu’il est le maître dans l’histoire d’une unité humaine capable de progresser alors même que les singularités semblent irréconciliables.
fr. Jean-François Bour, s'appuyant sur Christian Duquoc.
Comme vous l’avez sans doute noté, les événements cosmiques énoncés ici viennent du livre de Joël, chap. 3. Le prophète Joël tenait pour très important, comme l’ensemble du monde juif, ce que la Bible mentionne souvent comme « la connaissance du Seigneur ». Cette connaissance de Dieu, le peuple de la première alliance savait qu’il en bénéficiait, grâce aux prophètes notamment, et aussi grâce à la rumination quotidienne de la Parole donnée au Peuple tout au long de son histoire. L’ouverture des Temps ultimes est considérée par un certain nombre de prophètes comme le temps où la « connaissance du Seigneur » remplira tout l’univers, à savoir que tout homme sera enfin capable de savoir qu’il y a un Dieu, Créateur, Sauveur, et comment le servir. Cela coïncide pour le prophète Joël (4ème siècle avant J.-C.) avec une renaissance de la prophétie, un don de songes et de visions à tous, et pas seulement aux grands initiés ou aux prêtres. Si les jeunes sont capables de visions, c’est parce que c’est l’une des perceptions les plus directes de Dieu, chose seulement possible, pensait-on, pour l’ascète le plus parfait et déjà fort expérimenté, donc un ancien. Or le temps ultime, celui des bouleversements cosmiques et des signes sur terre se caractérise par une « démocratisation » de l’Esprit de connaissance du Seigneur et tous, quelque soit leur condition, en jouissent. C’est le point central de cette phrase : la Pentecôte, c’est « la connaissance de Dieu » offerte à tous par le souffle de l’Esprit à ceux qui mettent leur foi en Jésus-Christ.
Quant aux phénomènes cosmiques, ce sont des expressions répandues dans la littérature sémitique ancienne et il n’est pas possible d’en tirer beaucoup de sens. Il faut surtout voir que la résurrection de Jésus est comprise comme le début d’un bouleversement universel touchant le ciel et la terre, bouleversement qui correspond à ce déploiement de la vitalité du ressuscité dans le monde par le don de son Esprit. Les chrétiens aujourd’hui regardent ce bouleversement comme étant en cours et ils vivent son déploiement comme une annonce de l’avènement définitif du Christ.
Enfin, le verset du psaume 110 (v.34-35) veut montrer que Jésus apporte l’accomplissement d’une promesse faite à David : celle d’une lignée royale qui ne sera jamais abandonnée par Dieu. Mais si le Christ siège à la droite de Dieu son Père, il règne d’une manière toute différente de celle envisagée par David, car son règne est éternel. C’est un règne qui finira par la victoire définitive et visible sur tout mal et toute mort. « Le Seigneur a dit à mon Seigneur » est une expression qui faisait du roi d’Israël un lieutenant de Dieu, une sorte de grand prêtre, et les Actes la récupèrent pour établir la commune seigneurie du Christ et de Dieu ; c’est une affirmation assez claire de la vie divine de Jésus Seigneur.
Dans la bible l’expression « crainte de Dieu » couvre un spectre assez large de signification dont certaines sont connues aussi dans d’autres religions anciennes (Égypte, Mésopotamie, Canaan). La signification biblique de « crainte de Dieu » vient probablement, à l’origine, de l’effroi provoqué par certaines manifestations de Dieu. L’être humain peut en effet y faire l’expérience de la sainteté, de la transcendance de Dieu (Exode 20, 18 ; Genèse 28, 17 ; Jérémie 5, 22 ; 1 Samuel 11, 7 ; Psaume 47, 3 ; Exode 34, 30 etc.). Ce sens s’enrichit aussi souvent et intègre celui de respect ou de crainte référentielle et même de confiance vis-à-vis du Dieu tout autre qui sauve l’homme de la mort mais ne tolère pas le mal.
Dans les évangiles les miracles ou apparitions provoquent une même expérience de recul respectueux et admiratif devant les signes du Royaume.
En général l’expression « crainte de Dieu » vise un sentiment humain ayant passé par une conversion : car ce n’est pas l’effroi ou la crainte pure. C’est un type de crainte que l’on n’éprouve que devant le Dieu dont on a perçu, par la foi, qu’Il sauve parce qu’Il est saint et miséricordieux.
Ascension et retour : Luc use du langage de son temps pour dépeindre l’ascension de Jésus, à la façon dont le judaïsme évoquait l’ascension des grands prophètes ou dont l’histoire romaine notifiait la disparition des empereurs en vue de leur divinisation. Mais cette absence n’est pas un abandon. Elle s’inscrit sous l’horizon de sa venue à la fin des temps.
La déclaration des anges fait donc de l’ascension le modèle (inversé) de la parousie : c’est un malentendu sur son retour qu’il s’agit d’écarter. L’Eglise doit éviter toute fausse espérance et utiliser positivement pour la mission, le délai qui lui est accordé. Elle doit aussi savoir que la parousie se réalisera. Et donc l’Eglise doit comprendre que la présence de l’Esprit ne se substitue pas à l’attente de la parousie. Luc ne gomme donc pas du tout l’horizon de la fin lorsqu’il place la communauté Eglise en acte dans l’histoire présente et lorsqu’il l’encourage à se construire pour partir en mission. Il confirme que le retour du Ressuscité est aussi crédible que son éclipse au terme des 40 jours. Son retrait du monde est présenté comme « garantie d’un retour ». L’attente devient donc un creuset qui se nourrit de l’enseignement de Jésus en même temps qu’elle permet de guetter les germes de son avènement aujourd’hui et jusqu’à l’avènement définitif.
fr. Jean-François Bour (s’appuyant sur Daniel Marguerat, François Bovon et Ch. L’éplattenier)
1) Actes 2,42 "...fidèles à la fraction du pain...", est-ce le mémorial du jeudi saint et peut-on déjà parler d'eucharistie? Si oui, celui qui célèbre est-il le père de famille comme dans les célébrations juives de la Pâque?
Après les éléments déjà donnés il y a quelques jours sur cette question de « l’eucharistie » célébrée par la première communauté chrétienne, poursuivons notre compréhension de ce passage. Il est important de voir que dans ce verset 42 sont énoncés 4 « piliers » de la vie de l’Eglise qui demeurent valables à toutes les époques : prêter l’oreille à l’enseignement des apôtres / vivre en communion fraternelle (viser l’unité dans la construction matérielle et spirituelle du peuple de Dieu) / se réunir pour la « fraction du pain » / cultiver une relation intense avec le Seigneur dans la prière. Dans le genre littéraire du Nouveau Testament, les spécialistes appellent cela un « sommaire », un condensé d’éléments qui structurent la vie et la foi chrétienne. On en trouve aussi chez saint Paul.
Pour ce qui est de la fraction du pain, c’est le terme technique employé à diverses reprises dans les Actes pour mentionner le rassemblement cultuel caractéristique des chrétiens. C’est une formulation chrétienne, car dans la pratique juive, rompre le pain s’applique au rite d’ouverture d’un repas (avec action de grâce et distribution du pain : voir le verset 46 qui nous signale que l’acte cultuel de la fraction du pain s’accompagnait probablement déjà [voir 1 Corinthiens 11, 17-34] d’un repas communautaire pendant lequel on « rompait le pain » qu’on partageait avec allégresse et sincérité).
La fraction du pain quant à elle renouvelle les gestes de Jésus « rompant le pain » lors de la dernière Cène (Luc 22, 19). Plus largement, il évoque aussi la pratique de Jésus, son habitude de partager les repas avec les pécheurs par laquelle il fit scandale, ainsi que les repas pris avec le Ressuscité (Lc 24, 35 ; Ac 1, 4 ; Ac 10, 41). Selon Ac 20, 27, on peut penser que l’eucharistie était en tout cas célébrée à chaque réunion du premier jour de la semaine.
Il n’est pas toujours simple de rapprocher la forme du culte chrétien naissant avec les bénédictions habituelles des repas dans le judaïsme qui fut aussi très façonné par la tradition rabbinique postérieure à la naissance du christianisme ; mais il est indéniable que la solennité du repas pascal dont l’Exode donne les normes, et qui était célébré dans le judaïsme à l’époque de Jésus, est la forme investie par le Christ pour instituer le don eucharistique ; à cause de son sens même : Dieu vient libérer son peuple.
2) Actes 2,1 "Le jour de la pentecôte étant arrivé...". Du temps de jésus la fête de la Pentecôte est celle de la promulgation de la Loi sur le mont Sinaï. Il semble que Luc ait volontairement décrit la descente de l'ES avec les traits de la théophanie du Sinaï. La liturgie de l'Eglise le confirme en insérant Ex 19 dans les lectures de la veille de la pentecôte. "Le jour de Pentecôte ils reçurent la loi écrite par le doigt de Dieu et en ce même jour de Pentecôte vint l'Esprit Saint."(Saint Augustin).C'est "la loi de l'Esprit qui donne la vie dans le Christ Jésus..."Rom 8,2.
C’est fort bien d’avoir fait quelques recherches. Ajoutons que cette fête a progressivement revêtu trois sens qui se superposent : 1)Le peuple hébreux a hérité des cananéens une fête de la moisson, sept semaines après la coupe des premiers épis (d’où son nom Shavouot), ce qui coïncidera rapidement avec le cycle pascal (Lévitique 23, 15). Cette fête ritualise au cours de l’histoire du peuple juif sa gratitude envers le créateur. 2)A l’époque du Christ les rabbins l’appellent « clôture », c’est à dire achèvement du cycle de la Pâque. A cette époque la fête avait déjà intégré un sens supplémentaire, car elle commémorait aussi depuis plus d’un siècle déjà l’alliance conclue par Dieu avec Noé. La fête renouvelle donc aussi l’alliance noachique et l’on dit qu’elle est célébrée dans le ciel depuis le jour de la création. 3)Fête des prémisses et aussi fête du renouvellement de l’alliance la fête des semaines se chargera d’un troisième sens : le don de la Torah au Sinaï. Mais quand ? Avant 70 de notre ère, ou après ? On ne le sait pas. Le premier document juif confirmant ce troisième sens remonte environ à 150 après J.-C.
Les chrétiens des premiers siècles ne nous ont pas laissé de preuves qu’ils célébraient formellement un jour de fête appelé Pentecôte. Il est certain depuis le 2ème siècle qu’ils utilisaient ce mot pour désigner la période des 50 jours de fête célébrant tout ensemble la résurrection de Jésus, son ascension et la venue de l’Esprit. C’est à la fin du 4ème siècle seulement qu’apparaissent les preuves qu’une fête chrétienne spécifique célébre le don de l’Esprit. Il faut bien se souvenir ici que c’est la résurrection du Christ elle-même qui ouvre l’ère nouvelle où l’Esprit est répandu sur toute chair. La dissociation des événements par le Nouveau Testament est parfois pour nous une pédagogie et il n’est pas bon de séparer radicalement les fruits de Pâques.
fr. Jean-François Bour (s’appuyant sur Daniel Marguerat et Ch. L’éplattenier)
En ce qui concerne Judas, si nous regardons le texte grec nous avons littéralement au verset 25 : « pour prendre la place de ce service et de (cet) apostolat, dont s’est écarté Judas pour s’en aller vers sa propre place ». On comprend donc que Judas « s’est écarté » du lieu de l’apostolat pour rejoindre le lieu qui est le sien désormais. Ou encore que Judas a quitté le lieu de sa vocation et a opté pour un destin qui l’a perdu. Il ne semble pas que cette phrase présente des difficultés. Reportez vous aussi aux réponses déjà données au sujet de Judas pendant les semaines passées.
Concernant la mort de Judas, le christianisme des origines connaît plusieurs versions de la fin de Judas, Matthieu 27, 3-10, Actes 1, 18-19, mais aussi un récit de Papias, évêque de Hiérapolis (120 ap. J.-C.) qui nous rapporte que Judas fut frappé d’obésité et périt, atteint de maux physiques ignobles, sur le terrain qu’il avait acheté. Les circonstances de la mort de Judas nous échappent donc historiquement. Les premiers chrétiens ont cherché dans plusieurs textes de quoi montrer que le jugement divin est terrible pour l’impie. Mais l’évangile de Matthieu préfère mettre l’accent sur le remords du félon, tandis que les actes se concentrent sur la mort infamante du traître châtié par Dieu. La convergence est dans ce lieu Hakeldamach, « champ de sang » ; Matthieu y mène Judas en signe du sang innocent qu’il a contribué à verser, Luc en raison de la fin même de l’ancien apôtre. Les Actes multiplient les détails scabreux en puisant peut-être dans Sagesse 4, 19.
Pourquoi ces divergences ? La réponse est à la fois simple et complexe pour notre époque : les textes anciens et bibliques en particuliers ne cherchent généralement pas à nous donner une présentation des événements dans leur précision historique. Il en va ainsi pour Jésus lui-même. Le Nouveau Testament, comme l’Ancien, nous introduit à la compréhension de « l’œuvre de Dieu ». Les auteurs écrivent pour que notre esprit et notre cœur perçoivent le drame autant que la merveille qui est en train de se jouer quand il est question d’un Zachée, d’un Nicodème, d’une femme adultère, d’un Judas, d’un Pierre, d’un Etienne… Il y a presque toujours un fait réel à la base des récits, mais ceux-ci déploient le plus souvent un sens théologique qui en complète ou en interroge d’autres. Il y a du débat interne au cœur de l’écriture !
fr. Jean-François Bour
1° - Merci de vous reporter à une réponse donnée précédemment.
2° - Idem
3° - A vrai dire, j’ai du mal à bien saisir le sens de cette remarque. Il est clair que des mouvements chrétiens dit de « réveil » se sont plus particulièrement intéressés à des textes scripturaires où l’Esprit de Dieu donne clairement à des croyants des aptitudes spéciales, surnaturelles. Ils sont dans la vérité au sens où ils rappellent que l’Esprit est l’acteur principal dans la construction de l’Eglise et dans la transformation des cœurs. Mais ils peuvent oublier parfois que la gestion raisonnable et la structuration plus institutionnelle des fonctions et des activités permet à l’Eglise de durer dans l’attente du Seigneur et de maintenir en elle l’émulation régulée des expressions de la foi, de la charité et de l’espérance. La question demeurera indéfiniment de savoir comment recevoir le mieux possible ce que Dieu nous donne pour l’exprimer de façon incarnée, fidèle et féconde dans nos vies sociales et personnelles. C’est en somme ce qu’un concile veut faire. Le 2ème concile du Vatican fut un événement pentecostal, un temps où une assemblée d’évêques décida de bouleverser totalement les schémas prévus pour imprimer aux « formes » de l’Eglise une dynamique renouvelée selon les appels de l’Esprit.
4° - On peut sans doute dire que tous les mots sont important dans cette expression. « Juif » indique que les promesses faites à ce peuple sont en train de s’accomplir. « Fervent » indique que Dieu voit le fond des cœurs et s’approche de ceux qui font une démarche de piété et de conversion personnelle en allant au-delà des prescriptions légales. « Partout » fait référence ici au rassemblement, à l’unification de tout le peuple autour de son Seigneur, ce qui est pour l’Ecriture un signe de l’accomplissement des promesses, un signe eschatologique.
5° - Chaque chrétien est considéré comme prêtre, prophète et roi. Ce ne sont pas des mots quand on parle des fruits du baptême en nous. Or il s’agit là d’une participation aux fonctions même du Christ dont on sait qu’elles sont exercées en vue du Royaume, et selon les critères des Béatitudes. Par toute sa vie le baptisé laisse ces trois fonctions venir au jour et il modèle son action sur celle de son Seigneur lavant les pieds de ses disciples et donnant sa vie pour ses amis.
Ainsi Jésus n’est pas prêtre parce qu’il offre des sacrifices mais parce qu’il se donne lui-même en offrande sainte et agréable à Dieu le Père. Il n’est pas prophète parce qu’il annonce solennellement des événements mystérieux à venir ou démasque les vérités cachées dans les cœurs, mais surtout en ce sens qu’il démasque les puissances du mal et de la mort en mettant en pleine lumière le salut que Dieu donne, au pécheur, au malade, au possédé, au mort… Nul n’a fait cela aussi puissamment que lui. Manifester le Salut présent et à venir et le mettre en pleine lumière, ce qui démasque par le fait même le mal, le démon et la mort, c’est La Prophétie par excellence. Enfin Jésus n’est pas Roi parce qu’il monte sur un trône comme Hérode, mais parce qu’il se donne, par sa croix, des sujets libres d’accepter ou de refuser l’Amour, un Amour sans contrainte.
Le Peuple de Dieu exerce ces trois fonctions collectivement pour la vie du monde. Il peut arriver que Dieu choisisse certains individus ou certains groupes pour que l’une ou l’autre de ces fonctions du Christ soit rendue plus manifeste au monde contemporain.
fr. Jean-François BourMerci de vous reporter à la réponse donnée suite à la question de Michel JEAN.
Les deux hommes vêtus de blanc nous rappellent que nous sommes ici dans un genre littéraire particulier du Nouveau Testament, celui des récits de résurrection. Or ces récits comportent des constantes, parmi lesquelles ces êtres mystérieux surgissant tout à coup et qui ont une fonction d'attestation (voyez les évangiles selon Matthieu 28, 3, Marc 16, 5, Luc 24, 4 et Jean 20, 12). L'Ascension de Jésus nous expose un événement différent, il est vrai, mais il s'agit là d'une autre manière de parler de l'exaltation de Jésus dans la Gloire, et donc d'une certaine expression de sa glorification par la résurrection. Il n'est donc pas étonnant de retrouver le même schéma qu'auprès du tombeau vide.
Pour les autres questions, merci de vous reporter aux réponses déjà données précédemment.
fr. Jean-François Bour.
"Moment de répit" est en fait rendu dans le texte grec par « moment de fraîcheur » (le verset 20 : « afin que viennent des moments de fraîcheur depuis la face du Seigneur et qu’il envoie le messie qui vous a été déjà destiné, Jésus… ». L’expression se retrouve dans la littérature juive non biblique et désigne la « pause messianique » accordée à Israël, le temps nécessaire pour reprendre souffle, avant les tribulations de la fin. Il s’agit en quelque sorte d’un temps intermédiaire donné par Dieu pour avoir le temps de reconnaître le messie envoyé, un temps de rafraîchissement messianique pendant lequel le nouveau monde préparé « devant la face du Seigneur » commence à prendre forme dans notre monde (grâce à l’Esprit), avant de se réaliser pleinement aux derniers temps. Le messie demeure au ciel (là où il a été glorifié – l’Ascension), pour un temps que Dieu laisse aux hommes afin qu’ils puissent trouver le temps de le reconnaître, ou s’apprêtent à le reconnaître. La « restauration » dont il s’agit ici et qui viendra avec la Parousie (l’avènement final du Christ), aussi appelée apocatastase selon le texte grec vise une restauration de l’intégrité de la création pervertie par le péché.
L’enjeu est, ne l’oublions pas, de bien faire comprendre que ce Jésus mis à mort, crucifié et humilié est bien le messie, l’oint de Dieu, le Roi, le Christ. De toutes les manières possibles nos textes veulent montrer à leur auditoire juif ou païen que tout converge vers Jésus et en particulier les Écritures existantes, celles du peuple juif. Ainsi la conspiration qui a abouti à la mort de Jésus, et dans laquelle les Actes considèrent que se sont ligués Hérode et Ponce Pilate, les païens et le peuple d’Israël, leur apparaît comme l’actualisation du Psaume 2 (voir Actes 4, 25-26), qui annonçait l’acharnement des puissants de ce monde contre le Seigneur et son messie. Ils n’en citent que les deux premiers versets, mais ils savent bien la suite : elle affirme que Dieu se moque de ce tumulte, et qu’on ne saurait remettre en question le choix du roi qu’il a consacré dans sa décision souveraine.
Il faut se familiariser avec cette perspective commune au Nouveau Testament et chère à Luc : la souffrance du messie, insupportable aux contemporains de Jésus, n’est pas contraire aux Ecritures, Dieu l’a annoncée. Quant au rôle des persécuteurs de Jésus, l’Ecriture ne dit pas que certains hommes furent programmés pour accomplir le dessein divin qui était qu’ils crucifient Jésus. Mais l’Ecriture laisse entendre constamment que le Juste est persécuté, que le dessein de Dieu est combattu, que là où la volonté de Dieu se manifeste, les puissances hostiles se déchaînent, se dévoilent et s’acharnent. Dieu avait bien prévu tout cela. Il était inévitable que cela advienne quand l’Envoyé serait là. Les Actes, en nous affirmant que tout s’est déroulé selon Dieu rappellent qu’Il est le maître de l’histoire sainte et que rien ne pouvait arrêter son plan de salut, pas même la crucifixion du Fils.
fr. Jean-François Bour, s'appuyant sur L'Eplattenier et MargueratEt bien nous devons la comprendre telle quelle. C’est à dire qu’il n’y a aucun lieu de l’univers où le Christ refuserait de se rendre en la personne de ses témoins. On peut extrapoler en disant que de même il n’y a pas de milieu social, pas de réalité humaine qui ne soit exclu de la grâce de la résurrection et du projet missionnaire. En même temps chaque époque doit trouver son esprit missionnaire. Témoigner ne signifie pas obligatoirement « faire entrer des hommes et des femmes dans l’institution Eglise ». Il se peut que le témoignage soit d’abord une présence lumineuse, porteuse de compassion et d’espérance. Il se peut que des étapes soient nécessaires dans le processus missionnaire, dans l’invitation à croire en Jésus-Christ. Et en la matière je ne pense pas forcément aux pays musulmans, mais aussi à l’entourage immédiat où témoigner du Christ doit souvent tenir compte de l’histoire éventuellement complexe des personnes à qui nous sommes envoyés. Cette attention à l’autre peut nous conduire à bousculer autrui par notre témoignage, ce n’est pas à exclure ; mais aussi, selon le discernement, à prendre patience pour donner du temps et de l’espace à celui qui en a besoin pour diverses raisons.
Reportez vous aussi à la réponse donnée à Pascal Guichard dans la page « premières rencontres » du blog.
fr. Jean-François BourSi cela vous est possible, reportez vous aux réponses très fournies données à plusieurs questions du même genre, pendant les semaines précédentes, surtout dans la page réservée aux « premières rencontres » sur les chapitres 1 et 2 des Actes des Apôtres. Merci.
En ce qui concerne l'expression "génération tortueuse" ou "égarée", elle est traditionnelle dans l'Ancien Testament et désigne ceux qui demeurent obstinément fermés à l'appel à la conversion.
La référence à David permet ici de rappeler que dans la résurrection de Jésus s’accomplit la promesse divine faite à David : que sa dynastie règnerait pour toujours. C’est la fidélité de Dieu à sa promesse qui est donc le thème central ici. Le marche-pied symbolise la domination absolue de Dieu sur les puissances de la mort. Le marche pied est sous les pieds du Roi qui siège sur son trône.
Quant à la conception ancienne du destin des morts, l’Ancien Testament nous laisse plusieurs pistes mais il ne parvient pas à une option unique, ce qui se retrouve dans l’opposition entre les pharisiens qui croyaient en une résurrection des morts, et les saduccéens qui n’y croyaient pas, au temps de Jésus. La croyance répandue était cependant, au temps de Jésus, que Dieu ne pouvait pas laisser définitivement au pouvoir de la mort éternelle, les justes, les saints, les prophètes, les martyres qui l’avaient fidèlement servi. Mais comment cela s’accomplirait-il? L’A.T. n’a pas résolu cette question. Il perçoit cependant que dans certains cas, il est évident qu’un homme a été tellement purifié au feu de la Parole divine, qu’il finit par faire un avec elle et qu’il ne peut être qu’enlevé au ciel: c’est le cas d’Elie, de Moïse probablement aussi. Donc, sans parvenir à une idée claire de “montée au ciel”, l’A.T. devine que, sous certaines conditions – la proximité totale avec Dieu – la mort ne peut s’emparer d’un être comme Elie par exemple. Mais des traditions juives anciennes manifestent une gêne immense à l’égard de cet enlèvement d’Elie au point d’envisager qu’à la fin des temps Elie reviendra pour faire l’expérience de la mort, car il est un homme comme les autres (faut-il penser que c’est la raison pour laquelle le N.T. voit en Jean Baptiste mis à mort, Elie lui-même?). Cela reflète bien que l’univers biblique ne peut pas concevoir une vie après la mort, sinon offerte par la puissance de Dieu qui seul peut faire ce don à l’homme, si lui, Dieu, le désire. La liberté de Dieu en ce domaine est considérée comme absolue.
Les hommes sont donc normalement marqués du destin de la mort, et tombent dans une sorte de sous existence dans un monde des ombres – seul Dieu est vivant pour toujours, car lui seul est Dieu. Ainsi en est-il de David comme de tous les hommes. Est-ce pour toujours, est-ce temporaire, c’est ce que le N.T. ne parvenait pas à dire. Pierre, dans son discours veut montrer que le destin habituel des hommes devant la mort est maintenant éclairé d’une lumière nouvelle. La résurrection de Jésus apporte la réponse de Dieu : Dieu ne laissera pas son ami prisonnier de la mort. Et plus encore, Dieu, le seul vivant affirme par la résurrection de son Fils bien-aimé qu’en sa liberté souveraine il veut faire don de sa vie divine à ceux qui accueillent son pardon et acceptent d’emprunter le chemin du Christ. La doctrine traditionnelle de l’immortalité de l’âme peut malheureusement faire passer au second plan l’affirmation biblique selon laquelle, c’est dans sa souveraine liberté que Dieu accorde sa Vie, et non pas en vertu d’une immortalité automatique. Il faut donc faire très attention à la manière dont nous parlons, comme chrétiens, de l’immortalité de l’âme.
fr. Jean-François Bour
Pourquoi cette expression “péché originel”? N’oublions pas que dans la pensée chrétienne, il s’agit d’un concept très spécialisé qui désigne une chose très précise. Elle n’a donc pas sa place ici, car il n’est aucunement question du péché originel.
Quant à Ananie et Saphire, ils sont bel et bien accusés d’avoir menti à l’Esprit Saint. Il se trouve qu’ils ont choisi un certain opportunisme en s’agrégeant à la communauté des disciples de Jésus. On pourrait considérer qu’ils ne cherchent pas à vivre selon l’exigence présentée par Jésus à la Samaritaine: être des adorateurs en esprit et en vérité. Car désormais, il s’agit de s’approcher de celui dont les Evangiles disent qu’il “connaît ce qu’il y a dans l’homme”. On ne peut donc pas manoeuvrer (même pas pieusement) pour se le rendre favorable à bon compte. A plusieurs reprises Jésus devance ses adversaires et il est dit qu’il connaît leurs pensées. Pourquoi cette insistance ici? Parce que le Nouveau Testament place chacun de nous devant sa vérité profonde, nu devant Dieu. Un psaume nous le rappelle: “nul ne peut racheter son frère”. Il montre en réalité qu’il n’y a que Dieu qui le puisse, à condition d’accepter de paraître devant lui, tel que l’on est. Le trafic d’Ananie et Saphire ne concerne que peu le domaine matériel car il ne sont pas accusés de n’avoir pas tout donné. Leur péché n’est même pas dirigé contre l’Eglise car ils ne lui nuisent pas directement. Mais ils sont surtout les auteurs d’un petit arrangement que Dieu seul peut voir et révéler. Ils vont vers la communauté chrétienne et espèrent sans doute de cette agrégation, fraternité, solidarité matérielle, et Salut pour leur âme de par la Puissance du Christ; mais en même temps, ils prennent soin de ménager leurs arrières pourrait on dire, au cas où… Au cas où tout ceci ne marcherait pas, peut-être, au cas où il faudrait se replier vers une autre source de salut. Mais même ceci n’est pas le plus grave. Ananie et Saphire ne se rendent pas compte que l’on ne peut pas faire croire aux ministres de l’Eglise une chose en en pratiquant une autre et penser en même temps que l’on est juste devant Dieu, que l’on est “en règle”.
Et le plus remarquable ici est que les chefs de l’Eglise ne sont pas censés se faire justice eux-mêmes. Il y a ici comme l’annonce de la faiblesse de l’Eglise, du péché qui guette ses fidèles tout au long de l’histoire. L’Eglise pourra être manipulée, elle pourra servir aux opportunistes, et l’hypochrisie ne l’épargnera pas. La réponse de Dieu est simple: laissez le jugement à Dieu. Mais il y a un autre versant à cette méditation: il est rappelé, comme en négatif, que Dieu seul voit bien le fond des coeurs, même s’il peut le révéler exceptionnellement à certain de ses serviteurs (on peut penser ici au Curé d’Ars). Et si Dieu seul voit le fond des coeurs en toute vérité, nul ne pourra lui dissimuler ses mauvaises pentes. En même temps, Dieu seul voit bien; attention donc de ne pas juger sur les apparences, bonnes ou mauvaises, le comportement d’autrui. Dieu saura bien juger de ce qu’il y a vraiment dans les coeurs.
fr. Jean-François Bour1. Pour ce qui est de Judas, vous trouverez déjà plusieurs réponses dans le blog. Merci de vous y reporter.
2. Pour ce qui est du partage au temps des premiers chrétiens, nous n’avons bien souvent que ce que les textes du Nouveau Testament veulent bien nous dire. Il semble d’après eux qu’il y eut un grand élan de fraternité jusqu’à la mise en commun des biens. Tout le monde faisait-il le grand saut jusqu’à tout donner? Difficile à dire. On peut penser que non, puisque Pierre dit à Ananie en 5, 4: “ne pouvais-tu pas le garder sans le vendre, ou, si tu le vendais, disposer du prix à ton gré?”. Cette phrase laisse entendre que cela aurait été chose possible pour Ananie de ne pas apporter la valeur de son champ à la communauté, Pierre l’aurait conçu et déclare que ç’eut été chose possible. Donc, il n’y pas d’obligation, mais seulement partage volontaire. Ananie et Saphire ne sont en effet pas accusés de ne pas apporter le prix de leur champ mais d’avoir menti sur le fait de donner l’intégralité alors qu’ils ont secrètement mis quelque chose de côté, en déclarant tout donner pour se faire bien voir, probablement.
3. Quant à la “simplicité du partage” de ces premières communautés ou d’autres communautés qui tentèrent de revenir à un partage radical au long de l’histoire de l’Eglise, je ne suis personnellement pas très porté à l’idéalisation. C’est toujours un défi et cela le fut toujours. Lisons encore une fois le chapitre 6 des Actes des apôtres pour en prendre conscience: déjà là, nous sentons qu’un grain de sable s’est glissé dans les rouages du partage fraternel. “Les grecs se mirent à récriminer contre les hébreux parce que leurs veuves étaient oubliées dans le service quotidien”. Cet événement ne fut certainement pas un petit problème puisqu’il fallut instituer une nouvelle catégorie de ministre en plus des apôtres: les diacres. Saint Paul lui-même s’emportera contre les Corinthiens (Ière aux Cor 11, 21 “chacun de vous se hâte de prendre son propre repas, en sorte que l’un a faim, tandis que l’autre est ivre”). Ainsi donc l’Eglise s’est toujours trouvé face à l’humaine faiblesse et à bien des obstacles enracinés dans l’égoïsme ou la négligence et qui ont nécessité toujours, au cours des siècles, réajustement, exhortations, sanctions, réformes, ou tout simplement créativité. La complexité fait partie de ce monde et l’Eglise n’y échappe pas, mais il est vrai que l’amour de charité réclame simplicité et souplesse car il cherche le chemin le plus rapide et le plus direct pour unir, réconcilier, assister, relever… Il faut donc toujours nous remettre en question et invoquer l’Esprit Saint.
fr. Jean-François Bour
Le marche-pied symbolise une estrade sur laquelle les pieds du roi sont posés lorsqu’il trône. L’ennemi c’est la mort et les forces du mal. Dieu fait siéger le Christ glorieux comme vainqueur et il lui donne domination sur la mort et le mal. Telle est la réponse qui concerne la compréhension directe du texte. Vous aurez à méditer de votre côté comment le Christ est pour vous vainqueur du mal dans votre vie.
Pardonnez-moi mais je ne comprends pas votre question sur la “sanctification des convertis”. Que voulez-vous dire par “plusieurs conversions”?
fr. Jean-François Bour
Merci de vous reporter à d’autres questions concernant Judas et aux réponses déjà données.
C’est une fort belle question que vous vous posez là. Comme vous le savez peut-être on définit strictement la providence comme étant “la manière dont Dieu gouverne le monde selon ses fins”. La fonction de l’Esprit Saint peut en effet nous apparaître assez proche de cette dimension de l’action de Dieu: pousser peu à peu les réalités du monde à évoluer, à mûrir, à s’harmoniser, à se réconcilier, à s’ouvrir aux lumières divines. L’Esprit Saint, par son action, nous fait effectivement progresser dans la compréhension que nous avons de la sollicitude divine pour le monde et pour chaque personne. Car il travaille vraiment selon cette solicitude divine.
Vous voyez donc qu’il y a des rapprochements mais qu’on ne doit pas identifier absolument Esprit Saint et Providence. L’Esprit Saint, par son action, nous fait vraiment toucher du doigt la sollicitude divine pour nous, mais il ne fait pas que cela, et il n’est pas que cela. C’est pour cela que l’identification ne peut être totale.
En approfondissant un peu plus le rapport Esprit-Saint/ Providence, il est possible de dire que l’Esprit Saint, lorsqu’il nous fait profiter des fruits de la Croix et de la Résurrection, recrée en nous la capacité à voir les événements de notre vie, heureux ou douloureux, comme autant de signes de l’action providentielle de Dieu pour nous, comme autant de signes de la présence d’un Dieu plein de sollicitude, afin que nous avançions vers le but fait pour nous. La Providence pourrait être opaque, illisible si l’Esprit Saint n’habitait pas en nous: il renouvelle donc ici notre regard sur la sollicitude de Dieu. Cela ne signifie pas que nous serons toujours capables de donner une interprétation nette de ce qui arrive en nous ou autour de nous. Car l’une des caractéristiques de ce regard plus juste que l’Esprit développe en nous, c’est la conscience que le monde vit la tension entre la croix et la résurrection. Notre regard voit bien la sollicitude du Dieu de Pâques mais il voit aussi comment Dieu, dans sa providence, vit l’impuissance crucifiante devant les actes humains; sa providence est en effet providence d’Amour, sollicitude de celui qui aime, ce qui suppose aussi un “lâcher prise divin” afin que la liberté de l’homme ne soit pas brisée. Par l’Esprit Saint, nous ne verrons donc pas toujours et automatiquement toute chose sous le signe du dessein divin triomphant, mais aussi sous le signe des douleurs de l’enfantement où Dieu est comme en attente, douloureusement, comme à la Croix. Vous savez, ce sont ces moments où, devant ceux qu’un grand malheur vient de frapper, nous sommes poussés à être présents mais silencieusement, car nous hésitons à déclarer brutalement et péremptoirement la victoire divine. C’est souvent le signe que nous avons compris en profondeur l’enfantement difficile du monde, de la Croix à la Vie.
L’Esprit Saint nous place enfin personnellement en situation de gestation et de naissance. Il se fait en nous le serviteur d’une libération progressive ou rapide de notre identité véritable de Fils et de Filles de Dieu. En ce sens, il renouvelle notre liberté, notre capacité d’initiative et notre créativité. Et en développant en nous une vie vraiment christique, il nous pousse à nous ajuster et à collaborer au dessein providentiel de Dieu. En nous donnant de mieux lire l’action de Dieu comme une action providentielle, l’Esprit nous pousse à donner une réponse personnelle et libre qui s’ajuste à la providence divine. Nous pourrons alors devenir souvent providence de Dieu pour nos frères.
fr. Jean-François Bour
La traduction littérale des versets 13-14 est : “Parmi les autres, personne n’osait les approcher de près, mais le peuple les magnifiait. Toujours plus de croyants se ralliaient au Seigneur – des foules d’hommes aussi bien que de femmes”.
La pensée des versets 13-14 est difficile à suivre parce qu’on ne sait pas bien qui l’auteur veut désigner par “les autres”. Qu’une crainte aie pu gagner des personnes au point qu’elles se tiennent à distance peut se rattacher au drame tout récent d’Ananie et Saphire. Ces “autres” sont peut-être les dignitaires, les gardes, les romains, les scribes et chefs du peuple, qui sont opposés ici au peuple, c’est à dire à la populace pauvre et humble don’t Jésus avait pitié comme d’un troupeau sans berger. Le peuple quant à lui tenait visiblement les apôtres en grande estime et les vénérait d’une manière quasi superstitieuse.
On trouve dans l’attitude fortement superstitieuse ici une autre clef de compréhension. Il y a un mélange de terreur superstitieuse et sacrée devant les prodiges des apôtres et en même temps, une fascination des masses, voire un mouvement d’ampleur qui pousse les gens à se rallier au Seigneur: “toujours plus de croyants se ralliaient au Seigneur”. Le raisonnement semble ici très subtil, remarquons le. Il y a d’une part les prodiges venant par les mains des apôtres qui déclenchent un mélange de terreur et de superstition (on veut être sur le passage de l’ombre de Pierre) et d’autre part il y a des croyants qui se rallient au Seigneur. Deux attitudes qui ne sont pas opposées par le texte, mais qui semble devoir se compléter, ou s’articuler. Il semble que l’on veuille ici nous faire réfléchir sur ce qu’il convient vraiment d’attendre de la proclamation de la Bonne Nouvelle; en fait, la vénération des Douze ne doit pas s’arrêter à leur personne ou à leur pouvoir thaumaturgique (signe de la puissance de Dieu) mais doit aboutir à faire des “croyants qui se rallient au Seigneur”.
fr. Jean-François Bour
Il est est dit que Jésus fut livré (vient du grec didomi, avec le préfixe Ek: traduction ici = donné, livré) suivant “le plan fixé et la prescience de Dieu”. Que la mort de Jésus doive être comprise comme une nécessité dans l’ordre du plan de Dieu est une position courante chez Luc (Luc 17, 25: “Il faut qu’il souffre beaucoup…”; 24, 7: “Il faut que le Fils de l’homme soit livré aux mains des pécheurs…”; 24, 26 : “ne fallait-il pas que le Christ souffrit…?; Ac 4, 28: “Ils ont ainsi réalisé tous les desseins que ta main et ta volonté avaient établis…”; 17, 3: “… le messie devait souffrir, ressusciter …”).
Il faut garder présent à l’esprit que dans les premiers temps du christianisme les prédicateurs se trouvèrent devant un défi terrible: faire entendre que le supplice maudit de la Crucifixion avait sa place dans l’acte par lequel Dieu voulait sauver les hommes. Pour le dire autrement, établir que le Ressuscité était bien le crucifié et que le crucifié pouvait déjà être proclamé Seigneur alors même que la Croix semblait gommer jusqu’à l’idée même de Salut, de Gloire divine ou de manifestation de Dieu, tout ceci relevait de l’impossible dans le contexte culturel et religieux de l’époque. L’un des meilleurs moyens de faire passer un tel message était de considérer tout cela comme prévu par Dieu. De cette manière, la crucifixion ne pouvait pas avoir été la conséquence d’une faiblesse divine, comme si les forces du mal avaient pu piéger Dieu (malgré lui) et le prendre dans leurs filets pour le traîner à la Croix. Si le Christ s’était fait prendre, ce ne pouvait être qu’en y consentant. C’est ici qu’intervient l’idée d’un plan divin. Dieu sait ce qu’il fait.
Le moyen-âge latin voyait parfois le Christ en Croix comme une sorte d’hameçon pendu au bout d’une canne à pêche, appât que le créateur agitait au dessus des flots diaboliques, jusqu’à ce que le démon morde à l’hameçon en croyant l’occasion venue pour lui de broyer le Maître de l’univers apparemment impuissant. Mais, le piège se refermait en réalité sur la bête immonde – c’est elle qui se trouvait attrapée – et, ayant englouti dans sa gueule (le gouffre de la mort) celui qui est en Croix, voilà que le monstre se tordait soudain de douleur et, épuisé et vaincu, il laissait sortir de ses entrailles de mort le Premier né d’entre les morts, suivi de la cohorte des générations depuis Adam.
Déjà dans le N.T. un plan de salut est attribué à Dieu, c’est la conviction des évangélistes et pour eux, ce plan fut mis en oeuvre déjà à travers les patriarches, Moïse et les prophètes. Il devait s’accomplir avec Jésus dont la mission était de “se donner” (La même racine sert pour ce verbe “livré” que vous trouvez en Actes 2, 23), de se donner au point de pouvoir être réellement “pris”, “saisi” par les violents. Le mot “livré” renvoie au mot grec “donné”, que l’on retrouve aussi dans l’institution de l’eucharistie chez Luc. Il est utilisé dans Actes 2, 23 sous une forme rare qui accentue le fait que Jésus se “laisse donner”, se laisse faire au nom du plan de salut; nous comprenons que Jésus s’offre dans cet acte, se laisser “livrer” au point d’être mis à mort. La phrase grecque ne donne pas de sujet et on ne sait pas qui “donne” ou “livre” Jésus. On sait seulement que cette oblation où Jésus est totalement donné, comme dans le pain eucharistique, correspond au Salut que Dieu a voulu pour les hommes.
fr. JF BourC’est agréable d’avoir un retour. Merci de réagir à la réponse donnée. Je réponds très librement et ce ne sera sans doute pas complet. Ma conviction est que la Restauration dont il est question est pour nous inimaginable. La penser est sans doute impossible; l’espérer nous laisse dans l’attente confiante de ce qui viendra, mais cela ne nous donne pas les contours de ce cette restauration. Il reste que des convictions fortes existent dans la foi chrétienne. Elles ne décrivent pas la restauration, mais laissent deviner au nom de quels “principes” celle-ci devrait se produire. Nous savons que Dieu est Amour et qu’il ne veut rien tant que la vie en plénitude pour ses Créatures. Cela sera donc porté à sa plus haute intensité et pour le plus grand nombre des Créatures de Dieu, car il les aime toutes, y compris celui qu’on appelle l’ange déchu. Nous savons que Dieu est miséricordieux et juste. Ici nous devons donc considérer qu’est offerte à toutes les Créatures la possibilité de jouir de ce bonheur, mais il faut ajouter que cette offre devra être librement acceptée par elles car Dieu qui les créa ne veut forcer aucune liberté. Le mystère ici est de savoir s’il est possible que des créatures puissent en arriver à refuser, par l’usage correct et plénier de leur liberté, cet amour et ce don. L’idée de certains spirituels que même Satan en viendra à se “convertir” repose sur la conviction que la manifestation de l’amour divin ne peut que faire “fondre” le coeur le plus endurci. La justice de Dieu cependant vient réclamer que soit exigée une vraie “guérison” des coeurs endurcis, au moins par égard pour les victimes de leurs agissements dans la vie du monde. Car les souffrances infligées réclament une intervention de la justice divine, si ce n’est dans ce monde, au moins dans l’autre. J’utilise ici volontairement “guérison” des coeurs endurcis, ou méchants, ou violent, car il s’agit de maintenir l’idée de restauration à travers un processus, un cheminement, une transformation, une purification (le catholicisme parle de purgatoire dans ce sens) qui permette de satisfaire à la réparation des blessures et à la restauration d’une vraie liberté de la créature. Ce sont là quelques idées en ce qui concerne la Restauration finale.
Car il faudrait aussi parler de la Restauration qui est en train de se faire. Et ceci est un autre chapitre, car pour les chrétiens, l’évangile est puissance de Dieu qui illumine, qui purifie, qui relève, qui sanctifie dès aujourd’hui. La proclamation de l’Evangile est déjà manifestation de la résurrection pour le coeur qui écoute, et à travers un évident combat se produit déjà l’avénement de la vérité de Dieu dans ce monde qui s’oppose, qui gémit, qui cherche et tâtonne voire s’égare. La Parousie a commencé son oeuvre dans le monde et nos actes posés à la manière du Christ veulent la rendre visible et consolante pour tous.
Fr. JF BOURComme vous le lisez, en Actes chapitre 15, c’est le temps des grandes décisions pour l’Eglise et en particuliers pour ses chefs, les apôtres, réunis pour le premier concile de l’histoire. Il s’agit de mettre au point les conditions auxquelles les païens seraient accueillis dans la communauté des disciples de Jésus. Vous désirez relier cela au premier voyage missionnaire de Paul, qui est raconté dans les chapitres 13 et 14. Comme vous ne donnez pas d’élément pour mieux saisir le sens de votre question, je suppose que vous vous demandez comment il se fait que la décision du collège des apôtres intervienne après que, déjà, des missionnaires aient commencé à prêcher aux païens (Ac. 13, 46). Il semble bien en effet que ce soit comme “par violence” que les païens se soient saisis de la foi et cela peut-être parce qu'ils accueillaient plus naturellement le travail de l'Esprit en eux : ainsi donc « le Royaume des Cieux souffre violence, et des violents s'en emparent » (Mt 11, 12). Nous pouvons le sentir aussi dans l’épisode de la cananéenne qui arrache presque au Seigneur la guérison de sa fille : « Oui, Seigneur, dit-elle, mais les petits chiens mangent les miettes qui tombent de la table de leurs maîtres » (Mt 15, 22-27). C’est finalement devant cette soif du salut (le Macédonien qui apparaîtra en rêve, à Paul, en témoigne aussi) ou cet appel des païens (le centurion Corneille) que les missionnaires finissent par se rendre à l’évidence que le salut en Jésus Christ est pour tous les Hommes (déjà les samaritains avaient prêté l’oreille au discours de Philippe, et l’éthiopien de même). Cette universalisation de l’Evangile du Christ reçoit du refus des juifs comme un encouragement supplémentaire. L’assemblée de Jérusalem prend-elle simplement acte de tout cela ?
Oui, d’une certaine façon.
Parce qu’elle reconnaît là l’œuvre de l’Esprit et non pas l’œuvre de Pierre, Paul ou Barnabé.
fr. Jean-François Bour
Il nous est presque impossible d'harmoniser les récits de l'événément de Pâques qui vont de la résurrection de Jésus à la Pentecôte. Les étapes de la chronologie que nous présente le N.Testament ne semblent pas vouloir nous donner un calendrier précis des événements qui, pourrait-on dire, n'en font qu'un seul; mais en réalité elles sont là pour nous initier à cette réalité nouvelle qui est aussi la nôtre par le baptême et pour articuler profondément l'événement de Pâques avec la première alliance (Résurrection - Ascension - Pentecôte, trois dimensions d'un unique don de Dieu: Les chrétiens des premiers siècles ne nous ont pas laissé de preuves qu’ils célébraient formellement un jour de fête appelé Pentecôte. Il est certain depuis le 2ème siècle qu’ils utilisaient ce mot pour désigner la période des 50 jours de fête célébrant tout ensemble la résurrection de Jésus, son ascension et la venue de l’Esprit. C’est à la fin du 4ème siècle seulement qu’apparaissent les preuves qu’une fête chrétienne spécifique célébre le don de l’Esprit. Il faut bien se souvenir ici que c’est la résurrection du Christ elle-même qui ouvre l’ère nouvelle où l’Esprit est répandu sur toute chair. La dissociation des événements par le Nouveau Testament est, pour nous, comme une pédagogie mais il n’est pas bon de séparer radicalement les fruits de Pâques).
Il ne faut pas oublier que les premiers chrétiens étaient massivement d'origine juive et qu'ils ont attribué un contenu renouvelé à certaines fêtes juives car la résurrection du Christ leur en donnait le sens profond. Aussi, à l' époque de Jésus, la fête juive de Pentecôte commémorait depuis plus d’un siècle déjà l’alliance conclue par Dieu avec Noé (en plus de célébrer la gratitude du peuple envers le Créateur). La fête renouvelle donc aussi l’alliance noachique et l’on dit, à cette époque, qu’elle est célébrée dans le ciel depuis le jour de la création. Fête des prémisses et aussi fête du renouvellement de l’alliance, la fête des semaines se chargera encore d’un troisième sens : le don de la Torah au Sinaï. Mais on ne sait pas bien à partir de quand. Pour les chrétiens la Pentecôte juive reçoit tout son sens de la résurrection de Jésus, car c'est en Jésus Ressuscité que l'humanité rénovée peut rendre à son Dieu toute grâce reçue, et c'est en Jésus ressuscité que l'Alliance s'universalise pleinement, ce qui était déjà dans le plan de Dieu au temps de Noé (alliance universelle); et enfin c'est en Jésus qu'est donnée la Loi véritable, le commandement nouveau en qui tous les commandements trouvent leur fondement et leur récapitulation, une loi inscrite sur le coeur de l'homme par l'Esprit Saint répandu sur toute chair.
N'oublions pas que
les Ecritures bibliques ne cherchent pas à nous rapporter les événements à la manière du rapport de gendarmerie. Les Ecritures bibliques cherchent en effet toujours et principalement, à nous rapporter le sens profond de ce qui est arrivé.
De telle sorte que beaucoup de choses nous sont présentées dans une “perspective” qui met en relief ce sens profond. Quand je dis “sens profond”, je veux dire: “ce qui nous est révélé sur la vérité et la réalité de notre relation à Dieu et au salut”. Pour bien atteindre son objectif, le texte biblique place les choses très souvent dans une perspective “symbolique”, ou tout simplement dans une perspective “croyante”.
fr. Jean-François Bour